Pourquoi certains enfants n’aiment pas lire?

Quand un enfant n’aime pas lire, la panique s’installe. Voici mon histoire, mes difficultés et la stratégie qui a tout changé dans notre famille.

RESSOURCES POUR PARENTS ET ENSEIGNANTS

2/20/20266 min read

photo d'un enfant qui n'aime pas lire
photo d'un enfant qui n'aime pas lire

Lorsqu’on a un enfant qui n’aime pas lire, c’est presque automatiquement la panique, en tout cas pour beaucoup de parents. Pour certains enfants, c’est dû en plus à une difficulté et là, je crois que c’est encore plus difficile pour le parent. Quoi faire. En plus, on se dit : je dois faire quelque chose, c’est quand même ma responsabilité. On se compare aux autres. On regarde les bulletins. On se demande si notre enfant est en retard. On se demande si on a manqué quelque chose.

On se dit qu’il faudrait que l’enfant lise… MAIS IL N’AIME PAS ÇA.

Et si on parle de moi, bah… je suis obligé de dire que lorsque j’étais au primaire, je n’aimais pas lire. Je fais partie de ces enfants. J’avais aussi des difficultés au niveau de la lecture et de l’écriture et, lorsque je parle de difficulté, je parle de 40 % dans mon bulletin.

Je n’ai jamais fait « les tests », mais j’ai sans doute une dyslexie et/ou une dysorthographie. Vous parleriez à ma mère de ce à quoi ressemblaient les devoirs et leçons à la maison, hihi! Elle vous dirait que je roulais sur le sol, en dessous des chaises. Je n’avais aucune concentration. Une leçon de 10 minutes me prenait 1 heure. Ouais, c’était pas facile.

Vous savez, rien n’a disparu. Ok, je ne roule plus sur le sol, mais encore aujourd’hui, un enfant de 3e année au primaire lit avec plus de fluidité que moi. C’est tout dire. Des fois, on me demande de lire un texte devant une salle, je ne le fais jamais. Aucune lecture devant un groupe. Impossible… sinon, avec l’anxiété, ça part en cacahouète.

Si je vous dis tout ça, ce n’est pas pour rien. Ma mère, si on revient à elle, a vu clair avec mon histoire. Elle s’est dit : je vais le pousser dans une direction et le petit Freg, il n’y verra que du feu. Je ne vous dis pas tout de suite de quoi il est question, parce que je vais vous le raconter une génération plus tard, avec un de mes enfants.

Et oui, la pomme ne tombe jamais très loin de l’arbre. Mes enfants ont aussi quelques difficultés et on a FAIT LES TESTS. Je n’ai pas besoin de vous dire que ça m’a donné un coup. Je sais ce que j’ai vécu et j’ai appréhendé ce qu’ils allaient devoir surmonter. J’ai tout revécu. Je me voyais et je ressentais la même chose que lorsque j’étais plus jeune. Je suis allé rencontrer les enseignants et enseignantes à toutes les rencontres de parents qui existent. OUF! Ce n’est pas facile. On peut même le dire, c’est difficile.

Alors j’ai utilisé la même stratégie que ma mère avait utilisée avec moi. Telle père, tel fils. On s’est fait avoir tous les deux.

Un jour, mon garçon arrive dans mon bureau à la maison et il ne savait pas trop quoi faire de sa peau. Héhé! On connaît tous ça. Alors on jase un peu et moi, dans ma tête, je me dis : c’est aujourd’hui. C’est le GRAND JOUR. Je mets le plan en action. Étape 1 : je vais lui donner LE livre. Mouhahaha! (Oups, désolé, je m’emporte!)

Je lui ai dit :

« Tiens! Ça, tu vas aimer! »

En lui tendant le manga tome 1 de Dragon Ball.

Ok! Je sais, je sais! Certains vont me dire : Dragon Ball, c’est juste de la bagarre… et oui, vous avez raison (en partie, mais c’est un autre sujet). Toutefois, il faut choisir nos combats. Je devais appliquer le stratagème.

— P’pa, tu sais que j’aime pas ça lire, me dit-il avec presque du dégoût.

— Qui a parlé de lire? C’est le genre de livre que tu n’as même pas besoin de lire. Les images vont te suffire.

Là, sans qu’il s’en rende compte, j’avais enlevé la pression. Ce n’était plus “lire”. Ce n’était plus un devoir. Ce n’était plus une performance. C’était juste regarder un livre. Et ça, ce n’est pas la même affaire.

Il m’a regardé, l’air un peu hébété. J’en ai profité pour le bout crucial de la stratégie.

— Je sais, c’est un livre avec de la bagarre, mais tu es rendu assez vieux (3e année) et puisque tu ne vas pas le lire… tu vas juste regarder les images… bah, je me suis dit, bon, pourquoi pas.

Et là, l’orgueil n’était plus en jeu. Il ne “lisait” pas. Il ne risquait pas d’échouer. Il regardait des dessins. Point.

Pas besoin de vous dire qu’il est tombé dans les pommes.

Ce qu’il faut savoir avec Dragon Ball, c’est qu’il y a des bagarres sur 30 pages. Dans ces portions du récit, il y a peu de dialogue, juste quelques mots, très courts et faciles à lire. Il y en a si peu qu’un enfant a le temps de les lire sans effort. « JE SUIS LE PLUS FORT! », « NOOOOON! », « VIENS ICI! » Vous voyez?

Et pendant qu’il pense juste regarder des images… il lit. Sans s’en rendre compte. L’effort est plus petit que la curiosité.

Or, à un certain moment, le combat se termine, mais pas comme il devrait. PAF! Il y a un événement complètement insoupçonné. Un gros QUOOOIII!? apparaît dans la tête du lecteur. C’est la force de l’auteur. Alors mon fils, même s’il regardait “juste” les images, a eu ce choc. Et là, il voulait comprendre. Il voulait savoir.

Quand la curiosité devient plus forte que la difficulté, on a gagné.

Mon garçon est parti dans sa chambre et, sans farce, deux heures plus tard, il est revenu me voir pour me demander si j’avais le 2e tome.

ET LÀ, JE N’AI PAS FAIT LA GAFFE de demander s’il a aimé l’histoire. IL NE L’AVAIT PAS LU. (Théoriquement!)

Je lui ai plutôt dit :

« Ils sont incroyables, les dessins, hein? »

Ensuite :

« Si tu veux les autres, tu n’as pas besoin de me demander. Tu as juste à venir les prendre, ils sont juste là. »

S’il n’a pas à demander, il n’a pas à marcher sur son orgueil.

En l’espace d’un mois, il a lu les 45 tomes. Histoire vraie. La stratégie maléfique de ma mère. Ça a fonctionné avec moi. Et mon fils aussi s’est fait avoir.

Une fois qu’on tombe dans la marmite de la bande dessinée, on veut en lire d’autres pour retrouver ce moment d’intrigue si fort. Un peu comme une série télé où l’on attend le prochain épisode.

Mon garçon a continué avec d’autres séries, comme One Piece, etc.

Aujourd’hui, à la date où j’écris ces mots, il est en secondaire 2 et c’est celui qui lit le plus à la maison. Et de loin. Des livres plus complexes, avec plus de subtilité.

Et quand je suis bloqué dans mon travail, quand une histoire ne fonctionne pas, quand je cherche la bonne tension… c’est lui que je vais voir. Pas de farce.

Le petit gars qui n’aimait pas lire.

La vie est drôle de même.

Alors, soyons clairs, je ne dis pas de faire lire Dragon Ball à votre enfant. Je ne connais pas vos valeurs, c’est un choix que j’ai fait. J’ai hésité aussi. (Je rassure, il n’y a pas de sang dans la série, juste des grosses claques.)

Toutefois, je ne regrette rien. Il s’est vraiment amélioré dans son écriture, dans la structure de ses idées. Et surtout, il a repris confiance.

Je ne vais pas mentir, tout n’est pas simple et ses difficultés sont encore là, avec lui… et c’est la même chose pour moi. J’ai encore tous mes défis et, tous les jours où je fais mon métier, j’ai des doutes. Ça ne partira pas.

Mais aujourd’hui, je fais le rêve que j’avais quand j’étais petit : écrire et dessiner mes histoires.

77 livres plus tard.

Peut-être que le secret, ce n’est pas de forcer un enfant à lire. Peut-être que c’est de lui enlever la pression et de rallumer le plaisir. Le reste suit.

On trouve tous notre chemin. Mes enfants vont trouver le leur.

Je voulais partager ça avec vous. Si vous avez des astuces supplémentaires, n’hésitez pas à les écrire en commentaire ou par le formulaire de contact du site. Je vais les afficher ici, dans l’article.

L’idée, c’est de s’aider.

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